Acouphènes pulsatiles et anxiété : quel lien entre les deux ?
“Nos émotions peuvent nous jouer des tours. Les personnes très anxieuses peuvent ressentir leur corps « dans le rouge », comme une voiture de course poussée dans ses derniers retranchements. Les acouphènes ne sont qu'un des symptômes possibles lorsque nous sommes sous tension.” - Drew Sutton, MD, oto-rhino-laryngologiste certifié
L'anxiété est un trouble dont la prévalence ne cesse d'augmenter dans notre monde moderne. Qu'il s'agisse des exigences professionnelles ou du stress quotidien, un nombre sans précédent de personnes en font l'expérience.
L'anxiété s'accompagne de nombreuses conséquences néfastes pour la santé : hypertension artérielle, altération de la qualité de vie, troubles digestifs, et bien d'autres encore. C'est le fonctionnement profondément interconnecté du corps humain qui explique en grande partie pourquoi l'anxiété peut avoir des effets aussi marqués.
Un sujet suscite un intérêt croissant : le lien possible entre l'anxiété et une forme particulière d'acouphènes, les acouphènes pulsatiles. On sait que les acouphènes classiques ont de multiples causes, dont le stress, mais le lien éventuel entre anxiété et acouphènes pulsatiles reste moins bien étudié.
Voici un examen détaillé de la physiologie de l'anxiété et des acouphènes pulsatiles, et de la façon dont ces deux conditions peuvent se recouper.
L'anxiété
L'anxiété est une forme de trouble lié au stress, caractérisée par des inquiétudes persistantes et excessives qui ne disparaissent pas. L'anxiété est apparentée au stress, mais il s'agit en réalité de deux notions distinctes. Le stress correspond à une réponse à court terme face à une menace, tandis que l'anxiété peut être déclenchée par rien d'autre que vos propres pensées.
Si le stress et l'anxiété diffèrent fondamentalement par leurs déclencheurs et leur durée, ils produisent des effets très semblables sur l'organisme. Voici comment le corps gère les menaces perçues et pourquoi l'anxiété peut nuire à la santé sur le long terme.
La réponse au stress
L'être humain a évolué pendant des milliers d'années, s'adaptant à des environnements changeants, et il lui fallait un moyen d'échapper aux prédateurs. C'est dans cette optique que, quelque part dans la lignée humaine, la réponse au stress est apparue.
La réponse au stress est une réaction physiologique face à une menace perçue. Pour les humains de la préhistoire, cette menace pouvait être l'apparition d'un tigre à dents de sabre. Lorsqu'une menace est perçue, le corps libère les hormones du stress : le cortisol et l'adrénaline.
Le cortisol est une hormone clé du stress. Il augmente la glycémie, accroît l'apport de sucre au cerveau et améliore les capacités de réparation des tissus. En parallèle, il réduit les fonctions non essentielles dans l'immédiat, comme la digestion, l'immunité et la reproduction.
L'adrénaline est l'autre hormone du stress sécrétée en réponse à une menace perçue, et elle est responsable de nombreux symptômes courants que vous ressentez lorsque vous êtes stressé : accélération du rythme cardiaque, augmentation de la respiration, élévation de la pression artérielle et vigilance accrue.
L'association du cortisol et de l'adrénaline constitue la base chimique de ce que l'on appelle la réaction de lutte ou de fuite.
En substance, lorsque votre corps sécrète ces deux hormones, il se prépare aux actions rapides nécessaires pour fuir la menace ou l'affronter de face. Pour nos ancêtres, cette réponse était très probablement un atout majeur : ce gain immédiat de performance, de vigilance et de fréquence cardiaque leur était indispensable pour riposter face à un prédateur ou prendre la fuite.
La réponse au stress chez l'être humain moderne
Si la réponse au stress était un mécanisme idéal pour l'humanité au cours des millénaires qui ont précédé l'ère moderne, force est de constater qu'elle n'est plus aussi nécessaire à la survie qu'autrefois.
Sa persistance est même en partie inadaptée, car le cerveau distingue mal ce qui relève d'une menace physique et ce qui est simplement stressant.
L'exemple parfait de cette inadaptation, c'est le retard au travail. Votre cerveau interprète la pensée « je suis en retard » comme une menace. Il enclenche alors l'accélération du rythme cardiaque, de la respiration et toutes ces modifications physiologiques… simplement pour que vous restiez assis dans les embouteillages, stressé et mal à l'aise.
Le véritable problème du stress apparaît avec le développement possible d'un stress chronique. Celui-ci s'installe facilement, précisément parce que le cerveau peine à distinguer les menaces physiques des menaces qui ne le sont pas.
Si le cerveau devient trop prompt à identifier des menaces à traiter, il sécrétera en continu des hormones du stress, ce qui peut nuire à votre santé globale.
Là où l'anxiété entre en jeu
On peut considérer l'anxiété comme un stress chronique sans véritable fondement physique. Autrement dit, la simple pensée de certaines choses suffit à déclencher la réponse au stress : chaque fois que vous y pensez, le corps répond en sécrétant les hormones de lutte ou de fuite.
Les acouphènes
Les acouphènes sont un symptôme qui se caractérise par un bourdonnement ou un sifflement dans l'oreille en l'absence de tout stimulus sonore. En général, les acouphènes s'accompagnent d'un autre trouble, comme une perte auditive, mais ils ont aussi été associés à certains médicaments, à l'anxiété, au stress et à d'autres facteurs.
Les acouphènes se présentent sous plusieurs formes, dont les acouphènes pulsatiles. Ceux-ci se distinguent des acouphènes classiques par le fait qu'ils ne correspondent pas à une tonalité constante. Le son des acouphènes pulsatiles a plutôt une forme ondulante et donne presque l'impression de battre, d'où son nom.
Les acouphènes pulsatiles ont de nombreuses causes, mais la plupart d'entre elles concernent la circulation sanguine autour de l'oreille. Le durcissement des artères, une pression artérielle élevée ou encore des malformations vasculaires sont considérés comme des causes possibles d'acouphènes pulsatiles.
Le lien entre acouphènes pulsatiles et anxiété
À première vue, les acouphènes pulsatiles et l'anxiété semblent sans rapport, mais ils sont en réalité étroitement liés. Une fois que l'on sait comment ces deux conditions agissent sur le corps, des similitudes évidentes méritent d'être examinées.
La première : les acouphènes pulsatiles ont généralement une origine cardiovasculaire, et l'anxiété peut augmenter le débit cardiaque. Ce rapport laisse entrevoir la possibilité que l'anxiété soit une cause potentielle d'acouphènes pulsatiles.
Le second point à noter, c'est que les acouphènes, de manière générale, peuvent eux-mêmes provoquer de l'anxiété. Ce son continu devient vite agaçant et, lorsqu'il persiste, il peut engendrer de l'anxiété.
Ces deux éléments peuvent enclencher un engrenage redoutable dans lequel ils s'alimentent mutuellement, aboutissant à des niveaux d'anxiété et d'acouphènes bien plus sévères, capables d'altérer considérablement votre qualité de vie.
La formation d'une boucle de rétroaction
Le lien entre acouphènes pulsatiles et anxiété est particulièrement intéressant car il illustre un phénomène fréquent chez les personnes souffrant d'acouphènes. Les deux facteurs évoqués plus haut montrent qu'une boucle de rétroaction peut se former et aggraver les symptômes.
Cette boucle ressemblerait à ceci : l'anxiété fait monter la pression artérielle, ce qui aggrave les acouphènes pulsatiles, ce qui augmente l'anxiété. Cette boucle auto-entretenue peut être destructrice et finir par entraîner de lourdes conséquences sur la santé mentale et une baisse de la qualité de vie.
Briser cette boucle est l'un des meilleurs moyens d'éviter que les acouphènes ou l'anxiété ne s'aggravent. L'augmentation de l'un entraînant celle de l'autre, aller à la source du problème et rompre la boucle constitue une première étape déterminante pour trouver du soulagement.
Que faire ?
Maintenant que vous connaissez le lien étroit qui unit acouphènes pulsatiles et anxiété, vous souhaitez sans doute mieux comprendre comment prévenir et traiter efficacement l'un comme l'autre. Voici les actions à mettre en place pour limiter le risque de voir se former une boucle de rétroaction.
Les stratégies d'adaptation
Les stratégies d'adaptation désignent la manière dont vous gérez le stress. Il existe des façons saines et d'autres moins saines d'y faire face, et apprendre à gérer son stress peut aider efficacement à apaiser les sensations d'anxiété.
Parmi les stratégies saines figurent la pratique régulière d'une activité physique, la pleine conscience et la méditation. Avec un peu d'entraînement au départ, vous pouvez réellement atténuer les tensions liées à l'anxiété.
Lorsque le stress est géré sainement, la quantité d'hormones du stress sécrétée par votre corps en réponse à un facteur de stress diminue, ce qui vous apporte un soulagement bienvenu.
Faites traiter vos acouphènes
On considère souvent les acouphènes comme une affection chronique, et beaucoup de personnes ignorent qu'il est possible d'agir pour en atténuer les symptômes.
Les thérapies cognitivo-comportementales, la thérapie de réhabilitation des acouphènes (TRT) ou encore le traitement d'une perte auditive sous-jacente peuvent réduire la sévérité des acouphènes et empêcher la boucle de rétroaction de s'installer. Dans certains cas, une aide auditive peut contribuer à atténuer les acouphènes.
Conclusion
En résumé, les acouphènes pulsatiles et l'anxiété sont étroitement liés, car ils entretiennent tous deux des rapports privilégiés avec le système circulatoire.
Ils sont si interconnectés que l'on peut se retrouver piégé dans une boucle de rétroaction où l'anxiété aggrave les symptômes d'acouphènes, lesquels alimentent à leur tour l'anxiété.
Sources :
Quelle différence entre stress et anxiété ? | APA
Le stress chronique met votre santé en danger | Mayo Clinic
Le cortisol | Hormone
Acouphènes - Symptômes et causes | Mayo Clinic
