L'hyperacousie : ce que c'est et comment la traiter
« Les patients atteints d'hyperacousie font partie des cas les plus difficiles que je rencontre. Les causes et le traitement relèvent parfois de l'enquête médicale. Je ne le répéterai jamais assez : ces patients ont besoin d'un bilan ORL et audiologique complet pour déterminer la cause et trouver des solutions. » - Drew Sutton, MD, médecin ORL certifié
Cette complexité permet de distinguer très rapidement les sons de l'environnement, mais elle ouvre aussi la porte à d'éventuels dysfonctionnements. L'un d'eux est l'hyperacousie, une affection auditive dans laquelle une personne perçoit les sons du quotidien comme désagréablement, voire douloureusement forts.
Longtemps considérée comme rare, l'hyperacousie est aujourd'hui reconnue comme plus fréquente, en particulier chez les personnes souffrant d'acouphènes, de troubles neurologiques ou de troubles sensoriels. Elle peut toucher tous les âges, et comprendre ses causes possibles et ses traitements peut vous aider, vous ou vos proches, à trouver un soulagement.
L'hyperacousie est généralement considérée comme un trouble rare, mais elle peut concerner des personnes de tout âge. Bien connaître l'hyperacousie et les différentes options de traitement vous permet de prendre de meilleures décisions concernant vos soins, ou ceux d'un proche qui en souffrirait.
Voici un examen détaillé de l'hyperacousie, de ses causes possibles, de ses effets sur votre vie et des traitements envisageables.
Qu'est-ce que l'hyperacousie ?
L'hyperacousie est une affection dans laquelle les sons du quotidien sont perçus comme anormalement forts, inconfortables, voire douloureux. Cette tolérance réduite au son peut perturber la vie de tous les jours et provoque souvent une détresse émotionnelle ou une gêne physique face à des sons que les autres supportent sans difficulté.
Les réactions vont de la simple gêne à une aversion ou une anxiété marquées, selon la sévérité du trouble et les sons déclencheurs concernés.
Il existe différents sous-types d'hyperacousie, qui se manifestent de façon légèrement différente mais partagent la même caractéristique : une sensibilité accrue au son.
L'hyperacousie cochléaire
L'hyperacousie cochléaire désigne les cas où la sensibilité accrue au son semble liée à un dysfonctionnement du système auditif lui-même, impliquant souvent la cochlée ou les voies du nerf auditif.
Les personnes concernées peuvent ressentir une gêne ou une douleur face à des sons relativement faibles, comme l'eau qui coule, le tintement de la vaisselle ou des bruits de pas. L'intensité perçue ne correspond pas au niveau sonore réel, ce qui peut rendre les environnements les plus ordinaires accablants.
L'hyperacousie vestibulaire
L'hyperacousie vestibulaire implique une réponse du système vestibulaire (celui de l'équilibre) au son. Au lieu de percevoir le son comme douloureusement fort — ou en plus de cela —, la personne peut ressentir des vertiges, une perte d'équilibre, des nausées ou une désorientation dans l'espace lorsqu'elle est exposée à certains sons.
Cette forme est moins fréquente et se rattache parfois à des troubles de l'oreille interne qui touchent à la fois le système auditif et le système vestibulaire.
Les causes
Les causes exactes de l'hyperacousie font encore l'objet de recherches. On pense qu'elle implique un gain neuronal anormal ou une hyperactivité du traitement auditif central : le cerveau amplifie les signaux sonores plus que nécessaire, souvent à la suite d'un dérèglement des mécanismes normaux de régulation du son.
Même si une cause unique n'est pas toujours identifiée, l'hyperacousie a été associée à plusieurs affections :
Les migraines
Les migraines peuvent accentuer la sensibilité à divers stimuli, dont le son (phonophobie). Chez certaines personnes, cette hypersensibilité persiste entre les crises et peut ressembler à de l'hyperacousie. Il ne s'agit pas de la même affection, mais des recoupements existent.
Les acouphènes
Les acouphènes (sifflements ou bourdonnements dans les oreilles) et l'hyperacousie coexistent fréquemment. Certaines études suggèrent que jusqu'à 80 % des personnes atteintes d'hyperacousie signalent également des acouphènes, même si le lien entre les deux reste à l'étude. Tous deux pourraient découler de modifications similaires du traitement auditif dans le cerveau.
Les traumatismes crâniens
Les traumatismes crâniens ou les commotions cérébrales peuvent perturber le traitement auditif central et augmenter la sensibilité au son. L'hyperacousie qui suit un traumatisme crânien varie en sévérité et en durée, et peut s'améliorer avec le temps grâce au traitement ou à la récupération.
Autres causes possibles de l'hyperacousie
-Trouble de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM)-Maladie de Lyme-Paralysie de Bell-Maladie de Tay-Sachs-Syndrome de Williams-Trouble de stress post-traumatique (TSPT)-Syndrome de fatigue chronique-Dépression
-L'hyperacousie peut aussi conduire à la phonophobie, c'est-à-dire la peur des sons normaux.
Les conséquences de l'hyperacousie
L'hyperacousie peut peser lourdement sur votre quotidien. Des sons ordinaires comme la circulation, une caisse enregistreuse ou le bruit de la vaisselle deviennent parfois si irritants et si forts qu'ils finissent par vous affecter négativement, voire par provoquer de la douleur.
D'un point de vue général, l'hyperacousie peut se révéler invalidante et mettre à rude épreuve vos relations, votre équilibre mental et votre santé globale. Les répercussions sont nombreuses ; voici un examen plus détaillé de certaines façons dont l'hyperacousie peut affecter votre vie.
Une source de distraction
L'un des aspects les plus handicapants de l'hyperacousie est qu'elle monopolise votre attention et nuit à votre productivité et à votre travail. Rester concentré est déjà assez difficile en soi ; ajoutez-y une hypersensibilité au bruit et le facteur de distraction augmente considérablement.
Beaucoup de distractions peuvent simplement être ignorées, mais avec l'hyperacousie, il est difficile de passer à autre chose : le son capte votre attention et son intensité perçue est tout simplement trop grande pour être ignorée.
L'évitement social
Autre aspect de l'hyperacousie : beaucoup de personnes organisent leur vie en fonction des moments où elles peuvent faire les choses avec le moins d'exposition possible au bruit. Faire ses courses en pleine journée de semaine, renoncer aux réunions entre amis, se replier peu à peu sur soi : tout cela peut nuire à votre bien-être social et mental.
Des tensions dans les relations
L'hyperacousie peut également affecter les relations. Pour les personnes concernées, il est parfois difficile de vivre avec d'autres, car de petits bruits du quotidien déclenchent douleur, agacement et autres émotions négatives.
Être entouré de ceux qu'on aime peut être thérapeutique, mais en cas d'hyperacousie sévère, s'ils ne sont pas parfaitement silencieux, ils risquent de provoquer involontairement de la douleur. De plus, le poids émotionnel de l'hyperacousie peut vous rendre plus à cran que vous ne le seriez normalement.
Les traitements
Le traitement de l'hyperacousie dépend de la cause sous-jacente et des besoins de chacun. Il n'existe pas de remède universel, mais de nombreuses personnes tirent profit d'approches comme la thérapie sonore, l'accompagnement psychologique (les TCC par exemple) et la désensibilisation progressive au son, qui aide à améliorer la tolérance.
Si l'hyperacousie découle d'une autre affection, comme un traumatisme crânien ou des migraines, traiter cette affection peut réduire les symptômes. Lorsqu'aucune cause claire n'est identifiée, la prise en charge vise à développer la tolérance et à réduire la détresse émotionnelle.
Un ORL ou un audioprothésiste examinera généralement vos antécédents médicaux, évaluera vos symptômes et réalisera un bilan auditif. Selon les résultats, il pourra recommander des programmes de thérapie sonore, un accompagnement psychologique ou des dispositifs spécialisés de tolérance au son. Des médicaments sont parfois utilisés pour traiter des troubles associés, mais ils ne constituent pas un traitement de première intention.
Il est toujours préférable qu'un professionnel de santé suive votre situation et adapte le traitement si nécessaire.
Les filtres auditifs
Certaines personnes atteintes d'hyperacousie choisissent de porter fréquemment des bouchons d'oreille pour éviter les sons désagréables. Cela peut soulager à court terme, mais un usage excessif de bouchons dans les environnements du quotidien peut en réalité aggraver la sensibilité au son avec le temps. Privé en permanence d'entrées sonores, le cerveau devient moins tolérant aux niveaux sonores habituels.
Une autre solution consiste à utiliser des filtres auditifs spécialisés, qui atténuent les sons agressifs ou déclencheurs tout en laissant passer une partie des sons naturels de l'environnement. Ces filtres offrent une façon plus équilibrée d'aborder la vie quotidienne, en particulier dans les environnements moyennement bruyants. Ils doivent toutefois être utilisés avec discernement et, idéalement, sous la supervision d'un professionnel de l'audition, afin de ne pas renforcer l'intolérance au son.
La thérapie sonore
La thérapie sonore est une approche largement recommandée pour aider les personnes atteintes d'hyperacousie à développer leur tolérance aux sons du quotidien. Elle consiste à introduire progressivement et de manière contrôlée des sons d'ambiance ou de fond, à l'aide d'appareils ou de programmes encadrés, afin de rééduquer la réaction du cerveau au bruit.
Des approches comme la thérapie de réhabituation aux acouphènes (TRT), la thérapie de désensibilisation et les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) peuvent toutes faire partie d'un plan de traitement complet. Ces thérapies aident le cerveau à réinterpréter sa réponse émotionnelle et physiologique au son, ce qui réduit l'inconfort et améliore la qualité de vie. Un audioprothésiste ou un professionnel de l'audition peut vous accompagner dans cette démarche et vous recommander les sources sonores et les stratégies adaptées.
Conclusion
En résumé, l'hyperacousie est un trouble auditif qui fait percevoir des sons normaux comme forts, irritants, voire douloureux. Bien qu'elle soit associée à plusieurs affections, le véritable mécanisme à l'origine de l'hyperacousie reste largement inconnu. Ce que l'on sait, c'est que traiter la cause sous-jacente peut soulager l'hyperacousie ; pour les personnes dont la cause n'est pas identifiée, la gestion des symptômes reste la meilleure prise en charge disponible.
Sources :
Tinnitus and hyperacusis involve hyperactivity and enhanced connectivity in auditory-limbic-arousal-cerebellar network | NCBI
Hyperacusis | NCBI
Recovering from Mild Traumatic Brain Injury | BrainLine
